Écrit par
Francisco Navarro
Annoncé le 4 septembre 2026 par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, le plan CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies) mobilise plus d'un milliard d'euros pour indemniser les pertes de la campagne 2026 et relancer la production. Quatorze mesures, deux volets, des délais courts : voici ce qu'il faut retenir et comment s'y préparer.
Une campagne hors normes
101 départements concernés par des restrictions d'eau au 27 août, dont 62 en situation de crise
Depuis mai 2026, la France a enchaîné canicules et sécheresses avec un écart aux normales de saison de +3,8 °C. Le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré (24,9 °C de moyenne, au-delà de 2003 et de 1976).
Les remontées des préfets, réunis le 27 août, ont confirmé l'ampleur des dégâts : pertes de rendement pouvant atteindre 50 % et plus dans plusieurs régions, avec des pointes locales à 70 ou 80 %, stocks fourragers inférieurs de moitié à la normale, surmortalité en élevage. Céréales, maraîchage, vignes, prairies et élevage sont touchés simultanément sur l'ensemble du territoire.
« Face à une crise climatique d'une ampleur exceptionnelle, l'État se mobilise pour ne laisser aucun agriculteur seul. » — Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire
Volet 1 – Indemniser rapidement (850 M€)
520 M€ pour l'indemnisation de solidarité nationale, cœur du plan
Indemnisation de solidarité nationale (ISN). Le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) est abondé à hauteur des besoins et les procédures sont accélérées : une session exceptionnelle de la commission compétente s'est tenue dès le 7 septembre pour les premiers dossiers d'exploitants non assurés. Trois simplifications concrètes :
- évaluation des pertes possible sans présence systématique d'un expert ;
- paiements partiels par culture pour les non-assurés, sans attendre l'instruction complète du dossier ;
- plafond des acomptes versés par les assureurs relevé de 70 % à 80 % de l'indemnité prévisionnelle (arrêté du 27 juillet 2026).
Réforme de la « moyenne olympique ». La période de référence pour calculer les rendements passe de 5 à 8 ans à compter de la campagne 2027, avec l'accord de la Commission européenne. Une mesure structurelle : plus la fenêtre est longue, moins les années climatiques extrêmes écrasent le potentiel de référence.
Calamités agricoles : 30 M€. Pour les pertes de fonds non assurables (plantations pérennes, vignes, certains équipements, mortalités animales), en complément de l'ISN. Reconnaissance sollicitée par les préfets, seuil minimal de 1 000 € de dommages par exploitation.
Dégrèvement de taxe foncière sur le non-bâti (TFPNB) : 300 M€. Prononcé d'office par l'administration fiscale pour les exploitations les plus touchées, avec possibilité de délais de paiement ou de remises gracieuses accordés par les directions départementales des finances publiques.
Volet 2 – Redémarrer la production (plus de 500 M€)
Fonds de réarmement agricole : 235 M€. C'est la mesure la plus intéressante à suivre pour les exploitations et les coopératives. Déployé sous l'autorité des préfets et adapté aux besoins locaux, il financera l'achat d'intrants (fourrages, semences, plants), l'alimentation animale et les dépenses de remise en production, avec un volet dédié aux victimes d'incendies. Une mobilisation nationale organise en parallèle les transferts de paille et de fourrage entre territoires, et avec les autres États membres si nécessaire.
Cotisations sociales MSA : 20 M€. Campagne d'automne de prise en charge renforcée, échéanciers individualisés pour les cotisations déjà appelées, examen bienveillant des demandes de remise de pénalités et majorations de retard.
Engrais azotés : 145 M€. Le guichet exceptionnel d'aide à l'achat d'ammonitrates, solution azotée et urée est prolongé jusqu'au 31 décembre 2026 (au lieu du 30 septembre), pour sécuriser les achats de la campagne 2027.
Carburant agricole : 106 M€. L'aide de 15 centimes par litre de GNR est prolongée pour couvrir les travaux de septembre et, le cas échéant, d'octobre.
Simplification et accompagnement
- Dérogations PAC : les préfets sont invités à examiner avec pragmatisme les demandes concernant les couverts de sols et les cultures intermédiaires lorsque les conditions climatiques rendent leur respect impossible.
- Contrôle unique : généralisation accélérée pour éviter les contrôles redondants ; réduction du nombre de contrôles pour la campagne PAC 2026, contrôles sur pièces privilégiés, force majeure appliquée dès que nécessaire.
- Cellules sécheresse pérennisées : dans chaque département, avec un référent sécheresse auprès du préfet et une cellule nationale de suivi au ministère.
- Accompagnement social : renforcement des travailleurs sociaux et cellules d'écoute de la MSA, réseaux « sentinelles » et repérage partagé avec banques, comptables et coopératives.
Ce que cela change pour vous
Le plan CASI est avant tout un plan de trésorerie : la plupart des mesures sont automatiques ou déclenchées par les préfets et la MSA. Mais plusieurs points méritent une action rapide.
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Sources : dossier de presse « Plan CASI agriculture », ministère de l'Agriculture, septembre 2026 ; agriculture.gouv.fr.

